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Walter Benjamin (Berlin 1892- Port-Bou 1940) : « l’outsider magnifique »
Par Pierre Yves Amalric

Né en 1892 à Berlin dans une famille de commerçants prospères, Walter Benjamin appartient à cette catégorie d’inteW. Benjaminllectuels juifs allemands qui a connu la période de la République de Weimar qui offrait la possibilité à la jeunesse juive bourgeoise de poursuivre des études supérieures et de se destiner à une carrière universitaire, puis il a vécu la crise économique en Allemagne et l’antisémitisme avant de devoir subir l’exil forcé, il fuit l’Allemagne nazie le 17 mars 1933.

Benjamin se  sent allemand au point de vouloir sauver une littérature oubliée comme celle du baroque, il publie la collection de lettres « allemands » en 1936 en Suisse, un choix de 25 lettres qui couvrent un siècle d’une germanité inspirée par l’esprit des lumières, de l’aufklärung. Mais parallèlement Benjamin se sent étranger, non autorisé à prendre position sur les grandes questions qui secouaient l’opinion publique et qui réclamaient un engagement total. Comme l’écrit si bien Amin Bouganim, auteur d’une biographie sur Walter Benjamin, il était pour une certaine clandestinité juive, où l’on garde secrètes les complicités entre juifs et allemands, aussi il décrit sa condition  de deux pôles d’une condition oscillante : « juifs et allemands sont face à face comme deux extrêmes apparentés. »  « …Tout ce qui aujourd’hui, dans l’ordre des relations germano-juives, se donne des formes d’actions visibles est funeste, une salutaire complicité oblige aujourd’hui les nobles natures des deux peuples qui les unit à ne rien dire du lien qui les unit.

Son lien avec la Palestine de l’époque est étroit, il apprend l’hébreu grâce à une bourse de l’université hébraïque, il échange de nombreuses lettres avec Scholem qui entend le ramener au judaïsme. Il entretient une liaison marxiste, la deuxième source de sa pensée, mais dans une position isolée à gauche. Comme le décrit Martin Duru dans une biographie (revue Philosophie), il conçoit une évolution historique linéaire, mais comme un événement messianique seul à même de désamorcer la catastrophe annoncée « il faut couper la mêche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite ».

Il songe sérieusement à émigrer en Palestine, mais il ne parvient pas à se départir de la condition de l’errance juive dans la diaspora, les évènements en Palestine en 1929 s’opposent à ce voyage à Jerusalem qu’il a à plusieurs reprises reporté en raison de la maladie de sa mère. Voyager est pour lui un acte culturel international,  « car voyager n’est-ce pas triompher, se débarrasser des passions enracinées qui se sont attachées à notre environnement habituel et ainsi avoir une chance d’en cultiver de nouvelles, ce qui est tout de même bien une espèce de métamorphose ». « Voyager bouscule nos habitudes bourgeoises : c’est une manière, consciente ou inconsciente, de réaliser la révolution en soi ». Il rapproche le voyage de la lecture : « voyager et lire, une existence à mi-chemin de deux nouvelles réalités instructives et fertiles en miracles ». Il n’a cessé de vivre une vie nomade, de pérégriner en Europe et de décrire le charme des grands villes de Berlin à Naples, à Moscou.

Après son exil forcé, il trouve son principal refuge à Paris où il réside entre 1934 et 1939 en déménageant dix huit fois. Il traduit Proust et passe son temps à la bibliothèque nationale où il y rencontre Hannah Arendt. Il se déplace de manière incessante d’Ibiza au Danemark où il est hébergé par le dramaturge Bertolt Brecht, marxiste convaincu.

La fin tragique de Walter Benjamin se produit dans la nuit du 25 au 26 septembre 1940 à Port-Bou, alors qu’il est décidé à fuir le nazisme triomphant en Europe, et à s’exiler aux Etats-Unis via l’Espagne, il arrive après une marche harassante sur un sentier escarpé des Pyrénées, dans ce petit village de la frontière franco-espagnole qui surplombe la mer. A la douane, il est informé qu’en vertu d’un décret adopté quelques jours plus tôt, l’entrée sur le territoire espagnol est interdit aux réfugiés non munis d’une autorisation de sortie du territoire français. Il sait que le lendemain il doit être remis aux autorités françaises, ce qui augure d’une déportation certaine comme juif étranger. Dans une situation sans issue, il n’a d’autre choix que d’en finir, il absorbe de la morphine.   

A l’occasion des 70 ans de cette fin tragique, l’AJLT propose dans le cadre du marathon des mots le dimanche 6 juin 2010 une lecture de lettres choisies parmi la correspondance échangée entre Walter Benjamin et Adorno. Adorno est considéré comme l’un de ses proches et intimes amis à l’Institut de recherches sociales de Francfort, alors que Walter avait été rejeté par l’université.

 

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