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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-06
Par Rabbi Michel Liebermann

Regards sur la paracha Noah

Les deux premiers découpages que nous lisons
dans la Torah, Beréchit et Noah, sont liées l'une à l'autre. En effet, l'une comme l'autre traite du sujet de la création de l’Univers et de son existence. La paracha Beréchit traite symboliquement de la Création du monde, puis dans la paracha Noah, l’Eternel promet à l’humanité rescapée du fameux Déluge, de maintenir l'existence du monde, et ne plus amener ce cataclysme sur la terre. noah

CREATION DE DIEU ET CREATION DES HOMMES : Il s’agit de bien regarder la dynamique innée de ces deux textes et  nous pouvons découvrir que ces deux textes introduisent deux différents niveaux de perfectionnement dans la Création. D’une part, c’est Beréchit qui introduit la perfection de la Création, telle que projetée, visée et créée par l’Eternel. Elle nous expose la création du monde par l’Eternel; ceci correspond à un premier niveau de perfection. A contrario, le second texte, Noah introduit un niveau de perfection différent, qui dépend essentiellement de l'être humain, en somme de nous tous. C'est à dire le service du retour à Dieu, que l’on appelle en général la techouva. L’Eternel a contracté ici une alliance (berit) par laquelle il maintient l'existence du monde.
Observons que le niveau de perfection introduit dans le premier texte, Beréchit, celle qui ne dépend que de l’Eternel, ne laisse aucune place à l'existence de ce qui va à l'encontre de la volonté divine. C’est la raison pour laquelle, nous montre la Torah, lorsqu'une personne se détourne de la volonté divine, elle perd automatiquement, selon ce principe, le mérite de pouvoir exister. C'est pourquoi il est écrit à la fin de la paracha Beréchit «:Vayar Hachém ki rabat raat haadam ... vayomar Hachem : Em'he ete haadam...""Et l’Eternel vit que les méfaits de l'homme se multipliaient... et l’Eternel dit : J'effacerai l'homme..."

PARVENIR AU PERFECTIONNEMENT : Contrairement à cela, le second texte, Noah, nous montre le pouvoir qui a été donné au monde de parvenir par lui-même à son propre niveau de perfection. Pour cette raison, même lorsque le monde se détourne et commet le mal, il lui est donné malgré tout la possibilité de réparer, de se purifier, au moyen de la techouva.

IL Y A UN TEMPS POUR REPARER : Comme l’enseigne ce vieil adage yiddish entendu dans mon enfance : «c’est le cordonnier qui dit : tant qu’il reste un peu de bougie allumé tard le soir, on peut encore réparer. Ainsi, le service de la techouva de l'homme permet d'introduire une perfection d'un niveau supérieure, celle du signe qu'est l'arc-en-ciel, et dont le rôle est de rappeler l'alliance que l’Eternel a contracté avec Noah. Cette alliance montre la force particulière qu'a l'homme d'agir sur les niveaux supérieurs, par l'intermédiaire des actions qu'il accomplit dans ce monde.

LA DIFFERENCE DES MONDES : Un examen du récit que fait la Torah des vingt premières générations révèle deux différences primordiales entre le monde précédant le déluge et celui qui le suit.
Les générations d'avant le déluge jouissaient d'une période de vie trèslongue. Noé lui-même vécut jusqu'à 950 ans. La mystique explique que c'était une ère de bienveillance divine dans laquelle la vie, la richesse et la prospérité s'écoulaient librement et sans discrimination d'en-Haut. Après le déluge, en revanche, nous observons un déclin régulier de la longévité humaine.

JEUNESSE ET VIEILLESSE : Dix générations plus tard, Avraham sera "vieux" à l'âge de cent ans. La seconde différence paraît étrange voire contradictoire par rapport à la première: après le déluge, le monde gagne une stabilité et une permanence dont il ne jouissait pas dans l'ère antédiluvienne. Avant le déluge, l'existence même du monde dépendait de son état moral. Quand l'humanité se dégrada et tomba dans la corruption et la violence, D.ieu dit à Noé: « la fin de toute chair est venue devant Moi, car la terre est remplie de violence par leur intermédiaire; voici, Je vais les détruire, eux et la terre".
Après le déluge, l’Eternel fit le voeu: "Jamais plus Je ne maudirai la terre à cause de l'homme... ni ne détruirai toute créature vivante comme Je l'ai fait. Car tous les jours de la terre, (les saisons) pour les semailles et la moisson, le froid et le chaud, l'hiver et l'été, le jour et la nuit ne cesseront jamais ».
Les cycles de la vie et de la nature ne frôleraient plus l'annihilation chaque fois que l'homme s'éloignerait de son Dieu. Le monde postdiluvien serait un monde dont l'existence serait garantie, un monde désiré par son Créateur quelle que soit sa conformité à Sa volonté. Et le garant de cette promesse, le symbole de cette nouvelle permanence est l'arc en ciel.

L’OPACITE DU MONDE : Avant le déluge, le rôle de l'homme dans la Création résidait essentiellement dans le fait de réagir à l'engagement de l’Eternel dans le monde. Le flot de vitalité divine dans le monde était abondant et sans inhibition, permettant à l'homme d'atteindre de grandes élévations matérielles et spirituelles. Mais ces accomplissements consistaient simplement en l'acceptation par l'homme de ce qui lui était attribué d'en-Haut plutôt que les fruits de sa propre initiative.

LE MAITRE ET LE DISCIPLE : Allégorie : Le monde antédiluvien était comparable à un élève brillant qui capte les enseignements les plus profonds de son maître mais manque d'aptitude à concevoir par lui-même une seule idée originale. Dans un tel cas, une fois corrompu, une fois qu'il a mis une distance entre son maître et lui et qu'il a désavoué leur relation, il perd sa raison d'être. Quand l'homme cessa de Lui répondre, le monde ne trouva plus de place pour le Créateur. Après le déluge, Dieu imprégna le monde d'un potentiel nouveau, celui de créer. Il lui attribua l'aptitude de prendre ce qu'il reçoit d'en-Haut et de le développer, l'étendre et l'élargir. Le monde est maintenant comparable à un disciple qui a été entraîné par son maître à penser par lui-même, à utiliser les idées qu'il a étudiées et les appliquer à de nouveaux domaines.
L'homme est désormais capable non seulement de pénétrer sa vie de la Présence divine  mais aussi d'utiliser son potentiel d'une façon nouvelle et originale.
Un tel monde est, par certains aspects, plus "faible" que celui qui repose essentiellement sur la grâce divine. Il est plus indépendant et, par là-même, plus sujet aux limites et à la mortalité de la condition humaine. Cela explique la vie plus courte des générations postdiluviennes. Mais, en dernière analyse, un tel monde perdure davantage: même s'il perd de vue son origine et son dessein, il garde la possibilité de se réhabiliter et de restaurer sa relation avec son Créateur. Parce qu'il possède un potentiel indépendant pour s'auto - renouveler, il peut toujours réveiller ce potentiel, même après qu'il soit resté en sommeil pendant des générations.

FAIRE MONTER L’HUMIDITE : L'arc en ciel est l'événement naturel qui symbolise le mieux le nouvel ordre postdiluvien. L'humidité se lève de la terre pour former des nuages et des gouttes d'eau qui captent la lumière du soleil. Une substance moins raffinée absorberait tout simplement la lumière. Mais la pureté et l'aspect translucide de ces gouttelettes leur permettent de renvoyer les rayons qu'elles captent de telle manière qu'elles révèlent les nombreuses couleurs présentes dans chaque rayon de soleil. Le monde antédiluvien n'avait pas d'arc en ciel. Rien en lui ne pouvait s'élever d'en-bas pour agir avec ce qu'il recevait d'en-Haut et le développer. Telle était sa nature spirituelle ; la conséquence en était que les conditions pour un arc en ciel physique n'étaient pas réunies et ne pouvaient se développer. L'humidité qui montait ne pouvait qu'absorber mais non réfléchir la lumière du soleil.
Manquant de potentiel créatif, le monde antédiluvien fut laissé sans raison d'être et droit de vivre quand il cessa de recevoir d'en-Haut la substance divine. Puis vint le déluge. Les pluies qui détruisirent un monde corrompu le purifièrent également, laissant après elles un monde nouveau : un monde qui se lève pour rencontrer et transformer ce qu'il reçoit, un monde qui possède la translucidité et le raffinement nécessaires pour développer les dons qu'il reçoit en nouvelles et originales nuances de couleurs et de lumière. Quand ce monde s'éloigne, Dieu voit Son arc en ciel et cette vue le dissuade de la destruction. Car l'arc en ciel atteste la nouvelle maturité du monde, sa capacité à s'élever de sa situation présente et à reconstruire sa relation avec Dieu.

LES TEMPS DE LA LECTURE : La paracha Beréchit est lue au mois de Tichri, qui est celui des fêtes Redoutables, mais surtout après le temps de notre prise de conscience de notre fragilité, que nous vivons sous la soucca pendant 7 jours, et certains parmi les jours de la semaine de la paracha Beréchit sont des jours de fête. Par contre, la paracha Noah est lue au mois de Mar'Hechvan, et tous les jours de la semaine de la paracha Noah sont des jours standards (qualifiés en hébreu de 'houlim). La paracha Noah nous montre que le second niveau, supérieur au premier, de perfection du monde, est atteint particulièrement par le travail de l'homme, par le fait d'élever les jours standards dans la sainteté. Ce service divin permet d'atteindre et dévoiler le but profond de la création, et pourra nous amener la construction de temps meilleurs.
Bien sûr cela prend du temps, beaucoup d’effort, et peu nombreux sont ceux qui atteindront le niveau de Rabbi Meir. Mais si chacun de nous fait cet effort et parvient à dévoiler ne serait-ce qu’une partie de la lumière divine qui est en lui, alors nous aurons assumé une bonne part de nos devoirs de juif et d’être humain.

 

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