Paracha Mikets - Hanoucca, ou le paradoxe des contraires qui se rejoignent
Notre identité semble souvent être fragmentée, paradoxale, composée d’une mixture d’oppositions directes et indirectes, conscientes et moins conscientes. Cela reste valable pour chacun d’entre nous, mais cela est également valable pour le klal Israël, pour l’ensemble du peuple juif. Pourtant il nous semble que nous sommes libres, souvent confiant dans l’avenir, et en même temps Israël dans son ensemble est face à une tragédie indescriptible dans son quotidien. Alors que se passe-t-il ? Parmi les nombreuses pistes que proposent nos Sages, je reste persuadé,
et cela pour reprendre le thème de notre paracha de la semaine, qu’une grande partie de la réponse se trouve dans l’Exil.
Dans une lecture, qualifiée de judéo-juive, je dirais que nous les juifs, faisant partie du peuple juif, nous sommes en Exil, que nous soyons en Israël ou ailleurs. Alors qu’est-ce que l’Exil (en hébreu la Galout) ?
Le premier Exil de notre peuple fut notre « séjour » en Égypte (galout mitsrayim). Avec nos ancêtres nous séjournions en Égypte au lieu d’être sur la terre de Canaan. Nous étions des esclaves au lieu d’être des hommes libres. De là proviennent tous les futurs Exils du peuple juif.
La Paracha de cette semaine au chapitre XLI, ainsi que celle de la semaine précédente relate les séries d’étapes qui nous ont conduits vers l’Exil : en un mot des rêves.
Dans le dernier texte, Joseph avait fait des rêves, le panetier égyptien ainsi que l’échanson égyptien ont également fait des rêves. Cette semaine, la Torah nous relate le fait que le Pharaon Égyptien rêve également. Ces rêves ont conduit au fait que la famille entière du patriarche Jacob va s’installer en pays égyptien, sur la terre de Gochène. Il suffira de quelques générations bien « installés dans cette terre d’accueil » pour se retrouver esclaves des Égyptiens.
Les rêves semblent être la route menant à l’Exil, et en fait, ils dévoilent la clé qui caractérise l’Exil : la jonction des oppositions. C’est que dans nos rêves nous percevons parfois la description de situations normales avec une partie totalement irrationnelle.
C’est la vie quotidienne. Tout nous semble normal, bien et en bonne santé, mais, en fait, nous pourrions dire que dans l’Exil nous nous voyons comme dans un rêve.
Pourtant, nous rappellent nos Maîtres, la voie qui se dégage de l’Exil pour se diriger vers la Rédemption (en hébreu Geoula), possède également des qualités prodiguées par les rêves. Pour abandonner l’Exil, il nous est nécessaire d’approfondir notre niveau personnel de spiritualité. Plus d’engagements sociaux et rituels, une plus grande pratique de la loi dans notre vie quotidienne. Plus de dévotion envers la Torah, plus de respect du prochain. Un vrai apprentissage de l’altérité. Oui, je suis responsable de mon frère dans l’Exil comme ailleurs.
On pourrait objecter : « pourquoi ce massage s’adresse-t-il à moi ? En quoi suis-je concerné ? Mais cela ne m’intéresse pas le moins du monde ! Et si je commence par observer un commandement je passerai pour un hypocrite ; la Torah , c’est trop compliqué, il y a trop à faire, c’est une affaire de spécialistes, et puis on n’a pas le temps avec la vie que l’on mène ! »
En somme la question touche à un aspect particulier de la vie qui est la consistance, et dans un monde normal et bien ordonné elle serait juste. Mais dans un rêve, et tout particulièrement le rêve de l’Exil, tout paraît possible. Chacun de nous est libre de faire un pas en avant ou en arrière, et cela est également valable en matière de spiritualité, et ce, en dépit de se que nous vivons à chaque instant de notre vie. C’est comme un rêve qui vole et traverse l’espace et le temps, et de grands espaces en un seul instant.
Cette idée, nous pouvons la relier à la fête de Hanoucca qui vient de s’achever.
À l’époque du Premier Temple, la vie de notre peuple était ordonnée et semblait briller de façon constante, tout comme le Chandelier d’Or dans l’enceinte de celui-ci, la flamme perpétuelle et le sacrifice perpétuel exécuté dans l’enceinte du Temple de Jérusalem. Arriva ensuite la destruction du 1er Temple par Nabuchodonosor en -586, suivi de l’Exil en Babylonie. Puis, le peuple revint sur sa terre avec Ezra, Néhémie et Zorobavel. On reconstruisit le Second Temple, lequel rapidement fut sous contrôle de forces Perses, puis Séleucides. On vécut alors la domination Grecque et, pire encore, la promotion de la pratique de l’idolâtrie grecque par les juifs hellénisés, assimilés à la culture et aux pratiques grecques.
Le chandelier de Hanoucca (la hanoukia) qui commémore ( en –165) la victoire des Machabées contre toutes ces forces, exprime notre capacité de dépasser nos limites, d’agir là où tout paraît impossible.
Le chandelier de Hanoucca (la hanoukia) n’est pas cachée dans un lieu renfermé, fut–il un temple, il siège dans nos demeures, et, en fait, comme il est placé près du bord de la fenêtre, il est dirigé face à l’obscurité, faisant face aux peurs, face aux ténèbres, face aux cauchemars. La lumière du Chandelier n’est pas stable, et encore moins constante, mais elle ne fait que progresser. En passant du 1er jour d’une lumière au second jour à 2 flammes et ainsi de suite jusqu’au 8e jour.
Le chandelier de Hanoucca (la hanoukia) nous démontre que nous ne sommes pas limités par notre situation, par notre environnement, par nos pensées. C’est parce qu’il y a obscurité et assimilation que nous pouvons travailler du fond de notre cœur. Jour après jour notre travail intérieur nous fera sortir des ténèbres et transformer ce monde-ci en lumière.
Puissions-nous utiliser cette liberté qui nous est accordée à tous, dans chacun des domaines de la vie. Ainsi nous pourrons sortir du monde des rêves et découvrir la réalité de la Rédemption.
La cabala nous fait comprendre que la différence en l’Exil et la Rédemption se situe uniquement au niveau de la conscience de la responsabilité de nos gestes, paroles, actions.
En hébreu, l’Exil se dit GoLAH (3 consonnes Gimel, Lamed, Hé), et la Rédemption GeOULAH (4 consonnes Gimel, Alef, Lamed et Hé).
La différence entre les deux termes se situe dans l’univers de la lettre Aleph. Cette lettre figure dans le thème de la Rédemption. Cette lettre signifie l’Unité, l’idéal que nous recherchons tous.
Lorsque l’homme retire un peu de son ego (aleph) pour être plus en action et en écoute face à son prochain, il permet au grand Aleph de prendre sa vraie place auprès de nous. EN repoussant les ténèbres, nous laissons rentrer la lumière (OR) en hébreu Aleph, Vav et Réch) qui commence par la lettre Aleph.
Alors, restons vigilants, à l’affût de chaque étincelle qui peut apparaître. En la saisissant, nous pourrons travailler et progresser. C’est ce pourquoi Hanoucca, tout comme la Paracha Mikéts nous renvoie à la prudence.
Alors prudence avec les rêves ! ! !