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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5769-18
Par Rabbi Michel Liebermann

Paracha Michpatim..

Exode XXI, 1 - XXIV 
La vie est faite pour être vécue

La sidra " MICHPATIM " comporte 52 commandements, 23 positifs et 29 négatifs, qui traitent de lois civiles et sociales : les droits de l'homme, la responsabilité, la justice égale pour tous, les devoirs vis-à-vis des pauvres, de la veuve et de l'orphelin,  la compassion à l'égard des animaux, le rejet de l'idolâtrie.Aucun aspect d'une vie sociale harmonieuse et juste n'est occulté par la Torah.  C'est pour cela que lechabbat CHABBAT consacré au repos et à l'étude de la Torah, constitue LA CARACTERISTIQUE DU JUIF.   Pour le Judaïsme, le travail n'est pas un vice, mais l'Éternel a réservé à son peuple une journée de repos et de sainteté, le CHABBAT, cette " fiancée " du peuple d'Israël.

LA LOI DU TALION : Exode XXI : 22 "Si des hommes se battent et ont heurté une femme enceinte et la font avorter sans autre malheur, il sera condamné : selon ce que lui imposera l'époux de cette femme, et il paiera par les juges. (23) Et si un malheur s'ensuit, tu donneras vie pour vie, (24) œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. (25) brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, contusion pour contusion. "Cette fameuse loi, que tout le monde a cherché à critiquer, voire de comprendre dans le sens le plus strict du terme et "neutre", n'a jamais été autant controversée à travers les siècles de notre histoire. Elle est même devenue pour les ennemis du judaïsme la "preuve évidente" que "le Dieu d'Israël fait tout appliquer à la lettre et encourage la vengeance." Comme si le peuple juif, comme le montre aussi notre Torah, était dépourvu de sentiments ou d'humanité". Soit dit en passant, pauvre Humanité universelle qui fonctionne avec tant de conflits ouverts dans le monde ! Quel globe pourrait contenir le sang déversé par l'homme, qui coule ne fût-ce qu'une journée sur cette terre, la nôtre !
ECRITE 3 FOIS : Cette "loi du talion" se retrouve 3 fois dans la Torah : Exode XXI : 24, Lévitique XXIV : 17-22, Deutéronome XIX :18 – 21.

TEXTE ET CONTEXTE : Le monde nous a souvent très mal jugés, pour cet acte de stricte justice. En fait, pendant que dans l'ensemble de l'univers, on pratiquait la mutilation comme sanction pour toutes sortes de crimes et délits (voir les codes de l'Antiquité tels les fragments retrouvés des codes Hammourabi, les lois de Sumer, de Ur-Nammu, de Echnunna, des Hittites et d'Assyrie) nous ne retrouvons aucune trace de cette pratique au sein de la communauté. La loi d'Israël n'est pas celle de la stricte justice, mais bien celle de la décence éthique.  La loi de justice qui établit une étroite correspondance entre la nation, la faute et l'importance du préjudice n'ont rien à voir avec la vengeance subjective voire instinctive, exercée par le pouvoir politique et non pas par la victime. Pour ne pas préjuger, nous devons nous souvenir qu'aux temps des pratiques primitives ou la vengeance, dans sa dimension universelle, n'était pas limitée.
La Torah enseigne que la sanction légale infligée au criminel doit être en accord avec le délit commis par celui-ci. "Œil pour œil" est bien plus qu'une loi ; il représente un guide de conduite morale. Le principe de la peine proportionnée au délit répond à la notion de "justice pure" et constitue de ce fait le principe de base de la justice pénale.

PROPORTIONS : La détermination du degré de sanction ne reste pas dans les mains "dangereuses" de la famille lésée. Ce qui est révolutionnaire, c'est le châtiment qui doit être proportionnel au délit commis. Cette règle a souvent été critiquée pour son caractère de matérialité rappelant le niveau de civilisation primitif et ne pouvant satisfaire une conscience juridique évoluée.
Rachi nous rappelle que cette objection est sans objet dans le cadre du Droit Juif, car le mode d'application que la loi orale a fixé, dès les origines de cette "loi du talion", est justement la réparation de ce préjudice sous forme de dommages intérêts. Ce n'est pas parce qu'il y a eu mort d'une personne que toute une famille doit être exterminée. Un œil pour un œil, et pas deux yeux pour un œil blessé ! C'est autour du IVe siècle que les Rabbis de la Michna ont pris la décision nette et tranchée : tout ce qui a trait aux dommages corporels, sa compensation ne pourra être que financière.
Cette "loi du Talion" représente bien plus encore qu'un progrès majeur dans l'histoire de la jurisprudence. Ses connotations morales contribuent à notre vie au quotidien  dans cette fin de siècle. Lorsque nous méprisons notre prochain, lorsque nous doutons et manquons de confiance dans les paroles et les pensées d'autrui, lorsque nous sommes cyniques envers l'autre, nous devons quelque part, bien nous attendre au retour de manivelle ; l'autre a le droit, LUI AUSSI, d'agir comme nous le faisons.
J'ai remarqué un jour dans le métro un jeune garçon qui poussait tous les boutons de machines automatiques, de nourriture, de boissons, de tickets, avec l'espoir de recevoir gratuitement quelque chose. Comme ce petit jeune dans le métro, beaucoup d'entre nous fonctionnons dans la vie ainsi, espérant obtenir le prix sans effort aucun.

SEMAILLES ET RECOLTES : Oui, nous recevons ce que nous avons donné. Lorsque nous semons de l'animosité, nous récoltons ses fruits : la haine. Si, par contre nous semons des grains d'amour et de compréhension, nous pourrons (pas toujours, hélas) récolter de la gentillesse et de l'affection. Nous ne pouvons nous attendre à avoir des amis, si nous mêmes nous ne nous investissons pas dans la vie des autres comme des amis. Les gens sont comme un miroir, reflétant l'image que nous projetons. Nous ne voyons pas les choses comme elles sont, mais comme nous sommes. Quand vous regardez le monde de manière étroite, quel sens a-t-il alors ?
En contemplant le monde de façon égoïste, combien égoïste sera-t-il alors ? Mais maintenant, si nous jetons un regard large et généreux autour de nous, dans un état d'esprit amical, combien de personnes formidables ne rencontrerions - nous pas ? Nous pouvons participer à la construction de ce monde par la coopération et la créativité.
Jouer du piano dépend largement du toucher du pianiste. Le premier pianiste n'obtient que des sons dissonants, pendant que l'autre obtient des sons harmonieux. Le premier peut "forcer" une masse de sons et de notes incohérentes, pendant que le second sera apte à interpréter Beethoven ou Liszt. La vie est comme un piano, elle renvoie fidèlement le son des notes jouées et plus ou moins réussies.

LA CONFIANCE DE L’AUTRE : Pour obtenir la confiance de l'autre, il faudrait peut-être commencer par avoir vraiment confiance dans l'autre. Curieusement la plupart des personnes sont prêtes à se rencontrer, se fréquenter, mais elles ne font que la moitié du chemin, tandis que leurs jugements et appréhensions dépassent largement cette distance.

LECONS DE VIE : Quelqu'un a dit un jour que la vie est faite à 10 % de ce que vous en faites et à 90 % de comment vous la prenez. La vie n'est pas une partie de cartes, une bonne main ou une mauvaise. Notre vie n'est pas déterminée par ce que la vie nous offre, mais bien par notre attitude et notre contribution à celle-ci. Pas seulement par ce qui nous arrive, mais bien par la façon dont notre cerveau considère l'événement.

QUESTION DE REGARD : Cela me rappelle l'histoire de ces deux hommes partant une nuit explorer l'univers. L'un d'eux avait prévu une lampe de poche ainsi que des piles de réserve, l'autre partit sans torche. Le temps a passé, les voilà de retour de leur voyage. Le commentaire du second explorateur était :"Curieux, partout où je suis allé, je n'ai rencontré que de l'obscurité". Et au premier voyageur de commenter son voyage avec enthousiasme : "c'est formidable, partout où je me suis déplacé j'ai trouvé de la lumière".
En conclusion, je voudrais rappeler une anecdote de l'écrivain Robert Louis Stevenson, qui était mourant dans l'île de Samoa, un homme d'église lui adressa une lettre, désirant s'entretenir avec lui sur les dangers de la mort. Stevenson lui répondit que s'il voulait lui parler de la mort, il ne désirait pas le rencontrer. Mais, par contre, il serait très heureux de discuter de la vie. De la même manière, certains Rabbis privilégient la Sanctification de la vie, plutôt que la Sanctification du Nom de Dieu par la mort.
Il est plus difficile de vivre pour un idéal que de périr au nom de celui -ci. Apprenons ensemble à affronter les dangers de la vie en toute
confiance et avec compassion, en ne laissant pas de place à l'amertume et au cynisme.


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