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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-23
Par Rabbi Michel Liebermann

Paracha Ki Tissa


Dans le début de cette paracha, il est question du recensement du peuple hébreu. Chaque adulte mâle, âgé de vingt ans et plus, donne un demi sicle. La somme recueillie et comptée a double rôle. Les sicles serviront d’une part à acheter le bétail pour les sacrifices de l’année et d’autre part ils permettent de connaître le nombre exact de la population. A ce jour nous continuons à collecter des sommes d’argent en souvenir du demi sicle. Depuis le début du mois d’Adar l’appel est lancé dans toutes les synagogues et cette collecte s’ajoute aux autres en guise de pour nous réhabituer à partager. C’est un exemple de solidarité communautaire. Mais cette paracha nous apporte une indication essentielle de l’état moral de ce peuple certes libre mais fragile après ce séjour égyptien qui a laissé des séquelles traumatisantes. Le choix du veau d’or comme symbole de guide en remplacement de Moïse, absent depuis 40 jours et 40 nuits, s’explique logiquement et illogiquement à la fois. La divinité égyptienne en forme de veau que seuls les égyptiens adoraient, et que les hébreux exécraient en Egypte, prend une place énorme dans le drame de ce peuple abandonné momentanément. Il n’hésite pas interpeller Aaron pour lui présenter un autre dirigeant qui sera le change de Moïse. Il n’y a pas à première vue de faute irrémédiable commise par tout un peuple désespéré et qui a besoin d’une autorité de référence. L’illogique est dans le choix d’une statue en or et qui prend les traits de ce veau, animal mythique égyptien. Le projet de Moïse, Aaron et tous les responsables hébreux qui ont éduqué cette population pour une reconnaissance de Dieu unique et sans image explose et éclate en mille morceaux. Moïse refuse de devenir un personnage central, uns sorte de « fils-de-dieu » qui doit en permanence être présent même après sa mort, sans quoi toute la nation est en danger de disparition.

Les religions issues de la nôtre, ont eu besoin de ce stratagème pour non seulement exister mais aussi perdurer. La faute du veau d’or va changer les rapports entre l’Eternel et son peuple. Les tables de la Loi écrites sur un matériau provenant de l’Eternel vont être gravées sur une matière plus courante : la pierre. Il est dorénavant nécessaire de s’appliquer à étudier, à mémoriser, à comprendre avant de pouvoir appréhender la Thora. La recherche et la quête de l’Eternel changent d’aspect. La notion de l’ignorance comme un critère d’handicap humain pour l’approche du divin est compréhensible même si les sages ont toujours prôné le devoir du savoir. Dans toutes les générations futures, le père (tout comme la mère)  se doit d’éduquer son enfant, c’est aussi important que lui apprendre un métier. Tout individu s’intègre dans une société par deux chemins : l’éducation et le travail pour gagner sa pitance.

Commentaire : autour des mitsvot    Parmi tous les sujets dont notre paracha traite, il y a la sanctification du CHABBAT, l’un des plus grands cadeaux que le peuple d’Israël a reçu de l’Eternel. Ceux qui ont la chance de baigner dans la quédoucha du Chabbat peuvent comprendre pourquoi ce jour-là est un cadeau. Les autres peuples ont essayé d’imiter le peuple juif en optant pour une journée de repos, mais le vrai repos n’est pas seulement celui qui libère du travail mais celui qui permet une coupure totale de toute pensée profane et qui offre un enrichissement mental ; Chabbat est une  mitsva que l’on peut comprendre car ceux qui ont eu la chance d’en éprouver les bienfaits ne peuvent plus s’en passer. Les commandements se divisent en trois catégories :

1/ les mitsvot « méîdot» qui témoignent en les pratiquant, de Celui qui les a ordonnées, telles que le Chabbat et la Création du monde et sa cessation; ou le port des Téfilines placés en regard des deux organes responsables la tête et le bras, des intentions et de la volonté vers le bien ou vers ce qui ne l’est pas. Ces actions, faites simultanément, symbolisent que nous lions le sentiment à la raison afin de le soumettre à la sagesse qui s’acquiert par l’étude.

2/ les mitsvot « sikhliyot» (conformes à la raison) ou préceptes, telles que l’interdiction de mentir, de voler, de tuer, ou le respect des droits d’autrui.

3/ les « ‘houqim » ou décrets dont aucune explication n’a été donnée, et dont la compréhension dépasse la limite de notre intelligence, tels que l’interdiction de chaâtnèz (le mélange de lin et de laine), de kilaïm (mélange des espèces végétales) de bassar vé’halav (consommation de viande et de lait ensemble), et bien d’autres.

Le mot ‘hoq fait allusion à l’idée de barrière, selon le psaume de David 148/6 « ‘hoq natan vélo yaâvor » la Loi qu’il a donnée ne peut être « franchie ». L’Eternel connaît les faiblesses de l’être humain, dont la plus grande est celle de se prendre pour dieu. S’il avait la faculté de tout comprendre, l’homme en arriverait à croire qu’il est lui-même le créateur, ainsi que l’histoire nous l’a appris, chaque fois qu’un empereur gagnait des guerres, il se prenait lui-même pour un dieu et ceci marquait le début de sa chute. Il est intéressant de noter que les préceptes de la 2ème catégorie ont été adoptés par les autres peuples, parce que seules ces lois permettent au monde de subsister. Par contre aucun peuple n’a pensé à adopter les autres mitsvot, car seul le peuple juif exécute un ordre divin sans en comprendre la raison.
A LA QUESTION pourquoi lorsqu’un rabbin dit une halakha il n’est pas toujours d’accord d’en expliquer le sens ? J’ai demandé  à celui qui a posé la question, quel était son métier. Médecin m’a-t-il répondu ; je lui ai alors demandé s’il expliquait à chaque patient comment le traitement qu’il prescrivait allait agir ? A fortiori lorsqu’il n’est pas possible d’expliquer en cinq minutes ce qui a demandé des mois d’étude. Mais on attend toujours d’un rabbin une explication rapide de ce qui a exigé des années de déchiffrage et d’étude. Lorsqu’on acquiert une voiture et qu’on reçoit des instructions précises d’utilisation des différentes parties qui reçoivent essence, eau ou huile, il ne nous viendrait même pas à l’idée de les discuter ou d’en inverser le mode d’emploi, car nous acceptons le principe que le constructeur a prévu dans les moindres détails le meilleur fonctionnement possible de l’appareil qu’il a conçu. L’Eternel a créé le monde, et à l’homme Il a donné la Torah qui doit lui permettre d’être sain de corps et d’esprit ; l’évolution de la science peut effectivement permettre de nous rendre plus claires les connaissances que nos Sages avaient de tout temps sur tous les secrets de la science, de l’astrologie, des mathématiques, de la médecine etc.
PREPARONS PESSA’H A Propos de l'afikoman "Béni soit Dieu, présent partout, béni soit-Il, béni soit Celui qui a donné la Torah à son peuple Israël, béni soit-il à propos des quatre enfants. " (Haggadah de Pessa'h). Quel est le lien entre la bénédiction de Dieu qui nous a donné la Torah et les quatre enfants ? Le style de la loi divine est si parfait que quelle que soit l'intelligence de celui qui l'étudie, il y trouve sa nourriture spirituelle. Comme s'exprime Rachi : " les mots de la Torah sont comparables à un marteau qui fait éclater les rochers, ils permettent de nombreuses explications. " (Genèse. XXIII 20) Ce qui est vrai de la Torah toute entière est vrai pour chacune des Mitsvot (commandements divins) Ainsi en est-il de l'épikoman (ou Afikoman), ce morceau de Matsa (pain azyme) mangé à la fin du repas, le soir du Seder.

AFIKOMAN : DESSERT BIEN SYMBOLIQUE "Cette coutume est destinée, comme le persil (carpass) et l'ablution des mains à attirer l'attention de l'enfant ». Le mot épikoman est très probablement d'origine grecque et désigne la fin du repas caractérisée par des chants et des danses. La mitsvah est indiquée dans une Michna : " On ne termine pas le repas pascal par un épikoman". Quelle que soit l'interprétation du Talmud du mot épikoman, la prescription de la Michna est claire : obligation de finir le repas de la soirée de Pessa'h par l'agneau pascal et défense de le faire suivre de tout autre aliment dans la même maison ou à une autre table. Depuis la destruction du Temple, le repas de la soirée de Pessa'h se termine par un morceau de la Matsa moyenne du plat du seder, morceau mis de côté dès le début du Seder. Ce bout de Matsa a reçu le nom d'épikoman. Les exégètes discutent pour savoir si cet épikoman est mangé en souvenir de l'agneau pascal dont le sacrifice a forcément cessé depuis la destruction du Temple, ou s'il est mangé en souvenir de la Matsa qui accompagnait l'agneau. Pour tenir compte des deux opinions, il est bon de manger un bout d'épikoman de la grandeur d'au moins deux olives. L'épikoman est mis de côté dès le début de la lecture de la Haggadah. On commence la cérémonie, en effet, en brisant la Matsa du milieu et en la mettant de côté (ya'hats). Cette coutume est destinée, comme le persil (carpass) et l'ablution des mains à attirer l'attention de l'enfant. Elle frappe d'autant plus que certains ont l'habitude, après avoir enveloppé dans une serviette cette moitié de Matsa réservée pour l'épikoman, de charger ce léger fardeau sur l'épaule, et de faire quelques pas en disant : " Ainsi sont sortis les enfants d'Israël de l'Egypte ! ". Cette Matsa est enveloppée dans une serviette, allusion au verset " Et le peuple emporta sa pâte non encore levée, leurs sibylles sur leurs épaules, enveloppées dans leurs manteaux". (Exode XII 34)De même, le fait de partager une Matsa au début du Sédére, est un symbole. On partage le pain avec le pauvre et ce geste introduit tout naturellement l'invitation qui va suivre : " Quiconque a faim, qu'il vienne et qu'il mange, quiconque est dans le besoin, qu'il vienne fêter Pessa' h avec nous ! " Mais ce n'est pas la seule raison. Le Chabbat, on fait la bénédiction sur deux pains entiers. A Pessa'h, au contraire, le pain ne doit pas être entier, car la Matsa est appelée pain de misère, pain pauvre, lequel se contente d'un morceau de pain (Talmud, Brakhot, Pessa-khim). En brisant la Matsa du milieu, il reste sur le plat du sédèr deux pains azymes entiers, comme pour Chabbat et un morceau spécial à Pessa'h.

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