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Synagogue de la rue du Colonel Driant

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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-31
Par Rabbi Michel Liebermann

Les thèmes de la paracha BEHAR – BE’HOUKOTAY
nous apprenons les fondements de la liberté

Nous achevons la lecture du Livre de Vayikra, du Lévitique, qui reste être le cœur de la Torah. Si les 4 autres livres de la Thora seraient plus de l’ordre de l’histoire et de l’événementiel, le Lévitique, appelé également « thorat cohanim » nous parle d’abord de « sainteté ». Mais cette sainteté n’est pas uniquement d’ordre « religieux », mais avant tout « comportemental ». Nos deux textes « Behar et Behoukotay » traitent en particulier des fondements de la Liberté. La liberté est l'un des premiers acquis de la révolution française inscrit dans sa devise "liberté, égalité, fraternité". Cette liberté dont parle la constitution de 1789 se définit ainsi : "les hommes naissent libres et égaux en droit".

Au regard du droit, l'homme est libre, mais qu'en est-il au niveau de la conscience, de la personnalité, de son essence ? Les philosophes sont partagés quant à la réalité de la liberté par rapport à la nécessité. Les uns pensent que tout arrive par le destin, d'autres au contraire, admettent que le mouvement de l'âme échappe à la nécessité et qu'il est volontaire. L'homme disposerait d'un libre choix. Une autre opinion plus logique s'exprime ainsi : "est libre une chose ou un homme qui est et qui agit par la seule nécessité de sa nature". Le contraire de la liberté, c'est la contrainte, lorsqu'une chose est déterminée par une autre à dans son existence et son action. L'homme perd sa liberté, lorsqu'il est contraint d'agir par une cause extérieure à lui. Par exemple, un ivrogne n'est pas un homme libre dans la mesure où sous l'effet du vin, il divulgue des secrets qu'il aurait préféré taire. La cause de son parler est extérieure à lui. D'autres conceptions de la liberté ont été exprimées par les hommes au cours des siècles. C'est un sujet qui n'a pas fini de passionner parce qu'il concerne la vie, il est la vie.
A ce sujet la Torah vient nous enseigner que la liberté n'existe pas au niveau humain. L'homme n'est jamais libre, il est toujours soumis à quelqu'un d'autre ou à quelque chose extérieur à lui ou faisant partie de lui-même. L'homme par sa naissance et dès sa naissance est déjà esclave de son rang, de son éducation, de ses instincts, de ses passions. Le seul moyen pour l'homme de conquérir sa liberté est de se soumettre à l’Eternel, c'est à dire de déplacer l'axe de soumission. Au lieu d'être esclave des hommes, des habitudes, de la mode ou des idées en vogue, il devient le serviteur de l'absolu. Cette idée révolutionnaire par rapport à tout ce qui a été dit au sujet de la liberté et du libre-arbitre, est inscrite dès le premier commandement du Décalogue, comme si l'Eternel voulait dès le début de sa révélation aux hommes, mettre l'accent sur cette idée fondamentale. Le premier commandement du Décalogue dit en effet : "Je suis l'Eternel ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, d'une maison d'esclavage". Ce titre de libérateur des esclaves hébreux donne à l'Eternel des droits sur le peuple d'Israël, ainsi que l'expriment les termes de notre Paracha "Ki li Béné Israël Avadim - car c'est à moi que les enfants d'Israël appartiennent comme esclaves ; ce sont mes esclaves à moi, qui les ai tirés du pays d'Egypte, moi, l'Eternel votre Dieu" (Levitique 25/55). On comprend mieux la suite du texte qui interdit l'idolâtrie "ne vous faites pas de fausse divinité" : celui qui s'est vendu à un païen pourrait penser "puisque mon maître s'adonne à des péchés sexuels, je vais faire comme lui - puisque mon maître adore des idoles, je vais faire comme lui ; puisque mon maître profane le Chabbat, je vais faire comme lui (Rachi)". Pourquoi ne peut-il agir ainsi ? Parce qu'il a déjà un maître, dont le titre de propriété est antérieur. Le Or Ha’hayim attire notre attention sur le fait qu'Israël appartient à Dieu avant même la sortie d'Egypte. Il tire cet enseignement de la répétition apparemment inutile "Ki li Béné Israël, avadim, avadaï Hém - car les enfants d'Israël sont des esclaves, ils sont mes esclaves". Dès leur conception dans le sein de leur mère, les Enfants d'Israël ont acquis un caractère de sainteté, ils sont consacrés à l'Eternel. La qualité de serviteur fait partie de la nature du juif, qu'il le veuille ou non. Il n'en a pas le choix. En revanche, il peut en prendre conscience ou l'ignorer. Là réside son choix.

LITURGIE LES 13 MESURES DE COMPASSION DIVINE A la demande de certains lecteurs, je vous explique une clé de la dynamique de l’office de Yom Kippour. Nous proclamons ce verset lors des moments les plus forts de la journée, tout en nous inclinant et en nous imprégnant d’un texte d’une grande force et majesté. C’est Moïse qui demande à l’Eternel de se révéler à lui. Et dans l’encoignure du rocher l’Eternel passe sur le visage de Moïse. Deux versets de l'Exode déversant 13 mesures de compassion ont toujours interpellé le lecteur. Il faut les interpréter comme des mesures applicables au comportement humain dans la vie de tous les jours. Nous trouvons dans Exode chapitre 34 versets 6-7: "Le divin passa devant lui (Moïse) et proclama: "Adonay ! Adonay!  Être éternel clément et miséricordieux, tardif à la colère et plein de bienveillance et d'équité. Il conserve sa faveur à la millième génération Il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point. Il poursuit le méfait des pères sur les enfants, et sur les petits enfants, jusqu'à la troisième et la quatrième descendance"

 "Adonay! Adonay!" Mon Seigneur, mon Dieu, s'adresse à l’Eternel qui a la force et la puissance pour aider l'homme. Adon est le maître qui crée et gouverne l'univers dont il est le fondement. La répétition de l'appel est le signe que celui à qui on s'adresse, bien qu'infini, éternel et tout puissant, n'est pas figé dans une attitude. Une dynamique est possible. Image d'en Haut, l'homme doit également pouvoir évoluer dans la voie du perfectionnement de soi. Il y a ainsi une évolution possible dans la réciprocité: l’Eternel peut se raviser, l'homme peut changer de voie. Cette dynamique est issue de la sainteté et de l'amour.

E"l rah'oum", l’Eternel est un dieu de clémence,  portant l'homme qu'il a créé dans son giron; cette création est fragile et précieuse, elle a besoin de la protection de la clémence et du pardon. De même, dans son comportement quotidien l'homme ne doit retenir d'autrui que les bonnes actions. Comme L’Eternel aime ce qu'il a créé, chaque homme aimera son prochain.

"El h'anoun" est la grâce de l’Eternel qui pardonne les méfaits de l'homme, qui lui sont rapportés par l'"ange de la destruction". Il amnistie ceux qui sont en expiation et ceux qui ont amorcé un retour sur eux-mêmes. De même l'homme doit savoir pardonner ceux qui l'ont offensé, mais sans oublier.

"Erekh apayim": l’Eternel a une grande patience et sa colère ne sévit que quand il n'y a plus aucun espoir de repentance de l'homme. De même, pour l'homme l'impatience et la colère sont deux pulsions fatales qui peuvent le mener de l'Autre Côté (désignation du mal), quand elles ne sont pas contrôlées.

"Rav h'essed" est l'expression d'une grande miséricorde multiforme, adaptée à chaque être humain. C'est grâce à cette miséricorde divine que l'homme existe et perdure. La miséricorde est une véritable protection vis à vis de l'Autre Côté.

 "Emet", la vérité est aussi une autre façon de protéger l'homme. On sait que l'imaginaire et l'illusoire entraînent l'homme vers des excès dangereux. La recherche de la vérité avec raison est un autre moyen d'éloigner le mal. La vérité et son corollaire la stabilité est obtenue par la pratique de l'équité et de la justice.

"Nosser h'esed laalafim": L’Eternel garde et préserve sa miséricorde jusqu'à la millième génération, c'est à dire très longtemps, dans le secret de sa magnanimité. Cela suppose une grande humilité, qui doit inspirer l'homme dans sa relation avec autrui.

 "Nossé a'von vapéshaa' véh'ataim": à l'image du divin, il faut savoir pardonner à l'autre, malgré tous les torts. Elevons le débat, en recherchant ce qui peut améliorer la relation avec autrui en le magnifiant. Sachons apprécier la gratitude et l'honnêteté. Sachons pardonner à soi-même, en transformant un acte ou une pensée ou un sentiment dirigé vers le mal en un autre dans la direction du bien. Pardonner oui, oublier, non.

Les dernières "mesures" concernent en effet le "non oubli". Il faut garder le souvenir du mal subi ou provoqué pour ne pas retomber dans ses ornières. Le souvenir de cette expérience doit nous aider à assumer notre propre responsabilité  vis à vis du mal, par un effort accru de discernement. Comprenons bien que le Pardon sans oubli et la responsabilité de ses propres actes permettent de construire qu'un jour le bien triomphera du mal.   


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