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"IGERET LIKHVOD CHABBAT"Lettre de chabbat n°5770-33
Par Rabbi Michel Liebermann

Résumé de la paracha Nasso (Nombres 4, 21 - 7, 89)

  En complément du recensement des Enfants d’Israël, 8580 Lévites, hommes âgés de 30 à 50 ans sont dénombrés : c’est le compte de ceux qui auront la charge de transporter le Tabernacle. L’Eternel communique à Moïse la loi de la « Sotah », la femme soupçonnée d’infidélité par son mari, ainsi que la loi concernant le Nazir qui s’interdit le vin, laisse croître ses cheveux et ne doit pas se rendre impur par le contact d’un cadavre. Aaron comme ses descendants, les Cohanim, se voient enseigner la manière de bénir le peuple. Les chefs des douze tribus d’Israël apportent leurs dons pour l’inauguration de l’autel. Bien que ceux-ci soient identiques, chacun est apporté un jour différent et la Torah le décrit individuellement.

Le nazir et les privations Le nazir est un homme qui fait voeu de s'abstenir, pendant un temps, de toute consommation de vin; il ne devra pas non plus se couper les cheveux ni se rendre impur au contact d'un mort. On l’appelle un absthème. On peut considérer que ces limitations s'expliquent ou se justifient par le fait que l'alcool excite les sens et endort la vigilance ; de la même façon, la coquetterie de celui qui passe son temps à soigner sa chevelure constitue un premier pas sur le chemin de la débauche ! On comprend ainsi que celui qui s'impose les interdictions du nazir veuille se protéger - peut-être parce qu'il se sent fragile - contre les tentations de la faute. A ce titre, il est normal qu'il soit considéré comme un homme en quête de sainteté, voire comme "un saint ».  Mais la Tora exige du nazir qu'il offre un sacrifice expiatoire à la fin de sa période d'abstinence : c'est ce qui conduit un certain nombre de commentateurs à considérer dans l'attitude du nazir, il y a une "faute" : le nazir est ainsi considéré comme un pêcheur, comme un coupable. Il convient donc de s'interroger sur la condition de nazir et sur le jugement que la Tora porte à son égard. Posons la question : le Nazir st-il un saint ou un fautif ? Son attitude est-elle méritoire ou coupable ? On peut introduire un élément de réflexion pour répondre à cette question, en citant un enseignement général de la guemara sur la question des vœux : "Celui qui formule un voeu peut être considéré comme un idolâtre" (Nedarim 22a). Il est évident qu'une telle appréciation doit être expliquée. La 1ère  réponse consiste à dire que l’Eternel a créé le monde et promulgué la Tora. Formuler un voeu quelconque, c'est à dire s'imposer un devoir ou une restriction qui ne figurent pas dans la Tora, revient en quelque sorte à critiquer l’Eternel. Tout se passe en effet comme si celui qui formule un voeu, disait qu'il sait mieux que le divin ce qui est bon ou ce qui nécessaire à l'homme ; d'une certaine manière, en formulant son voeu, il corrige ou complète la Tora. Sans doute ce propos semble t-il surprenant, surtout si l'on pense à tous ces gens qui, en toute bonne foi et dans le meilleur esprit, formulent des voeux. C'est pourquoi il est important de montrer toute la gravité que comporte la formulation d’un voeu. Remarquons qu’il est question ici de la "formulation de voeux", comme si "faire un voeu" impliquait une formulation par la parole. Tout le monde connaît le verset (Deut. XXIII, 24) : "Tu devras réaliser ce que tu dis, ce qui sort de tes lèvres, ce que tu exprimes avec ta bouche".  Ce verset souligne la place de la parole dans la formulation des voeux ; or, la parole est ce qui différencie l'homme de l'animal (Dieu a créé l'homme "nefech 'haya", ce que le Targoum traduit par "être parlant") ; mais la parole est aussi l'apanage de Dieu, puisque Il a créé le monde avec "dix paroles" et qu'Il a aussi révélé la Loi sous la forme des "asseret hadiberot", les "dix paroles". Ainsi comprend-on que formuler un voeu est en général un geste grave, puisqu’on prendrait la place de Dieu, en décidant ce qu'il est bon de faire. La 2nde raison pour laquelle les rabbis ne préconisent pas que l'on fasse des vœux. Si l'on veut être agréable à Dieu, contentons-nous d’accepter ses lois et de nous y soumettre ; il est inutile d'en rajouter. On dit souvent "qu'obéissance vaut mieux que sacrifice" et qu'il est plus important de faire ce qui nous est prescrit que de faire des choses facultatives, c'est à dire sans doute inutiles. Peut-être, dans certains cas, est-il nécessaire de s'imposer à titre provisoire des limitations - c'est ce qui explique sans doute que la Tora ait envisagé la possibilité de devenir nazir - mais de toutes façons, quand on veut ou quand on doit faire quelque chose de bien, ce n'est pas la peine de l'annoncer sous forme de voeux. Voila donc pourquoi la Tora se montre réservée à l'égard de tous les voeux. On a l'impression que le texte thoraïque est encore plus sévère à l'égard de ceux qui, comme le nazir, s'imposent des privations. C'est sans doute parce que la Tora veut nous apprendre que toutes les bonnes choses, toutes les satisfactions que la nature met à notre disposition, sont des bienfaits que Dieu nous propose, parce que Dieu veut le bien-être de chacune de Ses créatures.

"Qu’attend Dieu de nous ?" Que nous le reconnaissions à travers les gestes et les paroles,". Selon certains rabbis « cent fois par jour, » nous ayons l'occasion d'être contents et que chaque fois nous en rendions grâce à Dieu. L’objectif ^premier reste bien l’élargissement du temps de conscience. Plus nous sommes capables de reconnaître ce qui se passe autour de nous, plus nous pouvons nommer les nuances qui composent notre existence. Se priver, par un voeu, d'une chose permise, ce n'est donc pas seulement modifier la Tora en y ajoutant un interdit (ce qui est déjà assez grave, comme nous avons eu l'occasion de le montrer il y a quelques instants), mais se priver par un voeu d'une chose permise, c'est refuser un bienfait que Dieu nous propose (ce qui est tout à fait inconvenant, compte tenu de la majesté de Celui qui propose : refuser un cadeau offert par constitue une goujaterie et une offense envers la personne sui offre) , et c'est par la même occasion, se priver de la possibilité de dire une bénédiction. Voilà pourquoi celui qui se prive inutilement, est considéré comme un pêcheur, un coupable. Etre juif, c'est profiter de toutes les jouissances permises que Dieu nous propose : les bénédictions que l'on récite à ces occasions constituent la preuve de notre conscience et de notre conviction que c'est Lui qui est à l'origine de toutes ces satisfactions.

IL Y A DES SIGNES QUI NE TROMPENT PAS Parmi les nombreux sujets de cette Paracha, on peut en relever deux qui sont juxtaposés : la Sota et le Nazir. La Sota c’est « la femme suspectée d’adultère » par son mari, que des témoins affirment avoir vu s’isoler avec l’homme que son mari suspectait. Cette femme était amenée devant les prêtres. Si elle maintenait son innocence, alors on écrivait le Nom de l'Eternel sur de la terre qu’on effaçait ensuite et qu’on mélangeait avec de l’eau. On lui faisait boire le tout. Si elle avait fauté, alors elle explosait. Sinon, elle survivait. Le Nazir, quant à lui, est un homme qui a fait vœu de se consacrer à l'Eternel Pendant une période minimale de 30 jours, il lui était interdit de boire du vin et de se couper les cheveux. Il ne pouvait pas non plus se rendre impur pour un mort. Les Sages, expliquant la juxtaposition de ces 2 sujets, suggèrent que «celui qui voit la femme Sota dans sa dégradation devra devenir Nazir et se priver de boire du vin ». Mais quel est le lien entre ces deux choses ? C’est que le vin peut avoir pour effet la perte de contrôle de soi. L’abus de vin peut donc amener à la débauche. Celui qui voit une femme suspectée d’adultère doit prendre conscience des effets négatifs du vin, qui ont pu amener cette femme à cette situation.  Seulement, pourquoi est-ce que celui qui voit cette femme en train de se dégrader doit se priver du vin ? En quoi est-il fautif ? Ce n’est pas de sa faute si cette femme est suspectée d’adultère et qu’elle a atteint ce niveau de dégradation ? On peut analyser de 2 façons le fait qu’un homme regarde quelque chose. On peut dire que l’objet qu’il regarde n’a rien à voir avec lui. L’objet est totalement indépendant de celui qui le regarde. Mais on peut aussi dire que l’objet regardé est intimement lié à celui qui le regarde. C’est cette 2nde  interprétation qu’il faut retenir. Ce qu’un homme voit n’est pas un hasard. Le monde est régi par la providence divine. Ce que l’on voit a pour but de nous éveiller et de nous faire prendre conscience d’une réalité. Car, c’est l’Eternel qui place les objets devant ceux qui doivent les regarder. Si on voit quelque chose de négatif, c’est pour faire prendre conscience qu’au fond de soi, il y a un point négatif du même ordre de ce qu’on voit, que l’on doit donc réparer et corriger.

 



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