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Deracha

DERASHA de Paul Boubli à l'occasion de la Bar Mitzvah de son fils Zacharie:
29 décembre 2005

Tout d 'abord je tiens à remercier chaleureusement Marc et Catherine Neiger pour avoir porté mon fils jusqu'à ce jour avec constance et j'ajouterais avec affection.
Le travail que vous faites n'échappe à personne et je salue votre tranquille efficacité et votre modestie.

Zacharie , lorsque tu es né le 15 septembre 1992 à 1 heure 25 du matin après un accouchement long, j'ai téléphoné à tes quatre grands parents comme ils me l'avaient réclamé. Ta grand mère maternelle m'a demandé comment tu étais. Ne sachant que lui répondre je lui ai dit que je sentais que tu avais une belle âme. Cela tenait à ton regard de bébé et à une particulière douceur de ta petite main dans la mienne.

Par un étrange tour de l'esprit , je me suis mis à songer à Spinoza quand il dit « qu'à certains moments de notre vie, nous sentons, nous expérimentons que nous sommes éternels ». Il disait nous sentons et non pas nous pensons, ce qui est singulier pour un philosophe. Peut-être qu'en disant cela il ressuscitait le vieux principe Talmudique du NAASé Vé NICHMA qui en première lecture veut dire « tu apprends et ensuite tu comprends » (sous entendu ce que tu viens d'apprendre) mais par une singulière étreinte des mots propres à la langue hébraïque, cela peut aussi signifier « tu apprends et tu écoutes ».
En effet NICHMA veut dire entre autres entendre au sens commun de l'entendement cartésien mais aussi écouter dans sa dimension sensorielle pouvant être d'ailleurs impérative, comme si, par la force de l'étude, la matière pouvait libérer le volume d'une voix Depuis ce jour, je n'ai cessé de t'écouter, comme dans mon métier on écoute un ventre, même si par les maléfices de l'adolescence, tu es en droit de te plaindre de n'être pas toujours entendu.

L'expérience de la parentalité offre une palette de sentiments inattendus parmi lesquels, trop d'amour peut parfois paralyser. Les grands parents n'ont pas de ces pudeurs. Voilà pourquoi au risque de surprendre, je me sens autorisé à te dire qu'un enfant est souvent plus le fruit de ses grands parents que de ses parents. Je sais que tu es conscient de l'extrême qualité des tes grands parents paternels et maternels : les uns t'ont donné une volonté, les autres une tolérance.
Sans qu'on te le demande tu as exprimé le souhait d'avoir une instruction hébraïque et de faire ta Bar Mitsva, exprimant ainsi aux yeux de tous ta curiosité des choses profondes. Pour cette raison et bien d'autres j'ai su qu'en ce qui te concerne, je ne m'étais pas trompé.

Zacharie, dans la racine de ton prénom il y a « mémoire ». Alors souviens toi que nous sommes des sépharades, des Juifs d'Espagne et que nous portons en nous une fière culture de tolérance et de fraternité. Nous y étions avant les Wisigoths ; nous avons reçu de grands Maîtres arabes un savoir éblouissant que nous avons rendu à leurs enfants en le diffusant sur tout le pourtour de la Méditerranée dans une langue intacte et jusqu'en Europe où nous avons fondé des universités ; nous avons su préserver le savoir des autres peuples et y ajouter le fruit de notre esprit. Nous avons fait circuler le savoir, les marchandises et l'or.
Nous avons conseillé des rois et des papes et donné au monde, je crois, de bons ministres et nous n'avons jamais rien voulu dominer d'autre que notre savoir et l'angoisse de ce qu'il adviendrait de nous. Souviens toi que par ta mère, tu descends d'un peuple qui a donné au monde de grands hommes et de grandes idées. Souviens toi de l'abbé Grégoire et du cardinal Saliège. Souviens toi qu'en des périodes noires de notre histoire des gens de ce peuple au regard clair nous ont caché et nourri au péril d'une mort certaine ; souviens toi que parmi eux il y avait aussi des prêtres .

N'offense jamais les croyances des autres et rappelle toi que le plus grand empire que tu puisses créer est dans ta tête.
N'oublie pas qu'un des plus grand penseur Juif vivait en France au 12 ième siècle et qu'il était vigneron, ceci pour te dire, conformément à nos traditions, de ne jamais te couper non plus du monde réel.
Rappelle toi ce mot célèbre : « nous habitons tous cette même planète et nous sommes tous mortels ».
Enfin, ne te laisse jamais aller à un pessimisme stérile.

Je terminerai en vous disant à tous que je suis fier de mes enfants, fier de ma femme, fier de mes parents, de toute ma famille, de ma belle famille, fier de mon frère Serge qui à toujours veillé sur moi, fier de Sylvie, de Benjamin mon premier bébé qui a éveillé ma vocation, fier de Stéphanie et de Marion. Je suis fier de mes amis, fier de toi Pierre mon frère jumeau. Je salue Hamid Sahel et Habib Samrakandi et leur famille : votre présence contribue à bénir ce lieu.
Combien sont ils ceux qui savent qu'à l'enterrement d'Abraham ses deux fils étaient présents ?

Puissent ils être nombreux ceux qui se souviennent de cette sourate qui dit «  je vous ai créés afin que vous vous connaissiez  ». 
Puissent ils être nombreux ceux qui se souviendront du geste du patriarche qui un jour a retenu son couteau afin que plus jamais le manteau de Spinoza ne soit déchiré.

 

P. Boubli

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