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Synagogue de la rue du Colonel Driant

Deracha

DERASHA d'Avraham Elishama à l'occasion de la Bar Mitzvah de son fils Raphaël :
28 avril 2006

Texte prononcé a l'occasion de la Bar-Mitsva de mon fils Raphaël Elishama
Shabbat Ki Tazria
Un éloge à l'Association Juive Libérale de Toulouse.

Chers amis,

Avant mon arrivée en France, je dois vous avouer que je n'avais aucune idée de ce que pouvait représenter une vie juive libérale. Je savais bien que cela existait, mais c'était à mes yeux comme une sorte d'amputation faite à la synagogue traditionnelle, quelque chose de tronqué, de douteux, et même, pourquoi pas, une espèce de protestantisme juif.

Et puis, ayant peu à peu parlé, ici et là, à quelques membres de votre communauté, je me suis vite aperçu que se tenaient ici des gens qui non pas remettaient en question la Torah orale et écrite, se permettant en quelque sorte d'adopter une atti­tude plus libre, moins contraignante, plus relâchée vis à vis de la pratique des mitsvot, mais bien plutôt des Juifs qui réclamaient une compréhension exhaustive de la Loi d'Israël, ne pouvant se sentir en plein accord avec leur conscience religieuse qu'à condition d'accomplir les commandements divins avec un esprit de maturité et d'épanouissement spirituels, sans ressentir le moindre froissement ou la moindre affectation, ou encore la moindre contradiction, dans leur être et dans leur coeur.

De fait, quand un Juif ordinaire confie à son rabbin la difficulté qu'il ressent parfois a accomplir telle ou telle mitsva, car il n'en comprend pas l'essence ou la logique, ou parce qu'elle n'entre pas en harmonie avec son intelligence ou son individu particulier, le rabbin lui répond cette petite phrase, qui sonne aux oreilles comme un ralliement, qui est censée calmer tous les doutes, et que le Peuple Hébreu, rassemblé comme un seul homme au pied de la Montagne, a déclamé a Moise : « Naasse Vanishma ! » Nous ferons, puis nous comprendrons ! C'est à dire, en clair Nous faisons aujourd'hui les Mitsvot, et plus tard, peut être bien plus tard (mais nous ne sommes pas pressés!), dans les temps futurs de la Rédemption, quand le Messie nous révélera toute l'intériorité de la Torah, alors... seulement nous apparaîtra le sens cache et véritable des commandements.

Cette réponse n'est évidemment pas satisfaisante. Elle sape, à mes yeux, l'épanouissement de l'homme. Le conduisant à une pratique mécanique, automatique, on pourrait dire tradition­nelle de la Torah, elle n'engage à aucun moment le moteur de la pensée qui brûle constamment comme de la braise ardente, brûle de savoir, de connaître toujours davantage son Créateur afin de s'en approcher toujours plus, et questionne sans répit : Pourquoi suis-je Juif ? Quel est mon rôle en ce monde ? Or, le renvoi même de la compréhension de la Torah aux temps futurs ne fait qu'assécher les coeurs, réfréner l'anthèse de l'âme, et entretient une paresse bien connue des Juifs face à leur responsabilité et à leur engagement, tant dans leur histoire nationale que religieuse. Sinon, depuis toujours nous aurions répondu Hic et Nunc !... et le Temple n'aurait pas été détruit, et nous serions tous des Juifs parfaits, et nous vivrions en paix, parmi les oliviers argentés et les pins embaumés d'une Terre que nous n'aurions jamais quittée.

Mais, n'est-ce pas précisément cette paresse qui accepte les compromis de tous ordres ? N'est-ce pas ce manque de vigilance permanente et de haute exigence qui finit par ne plus envoyer dans tous les membres de la vie le flux religieux nécessaire, et aboutit, en fin de compte, à la séparation de la religion et de la vie ?

Il est une attitude beaucoup plus sérieuse, beaucoup plus intègre, et qui consiste à dire : Oui, nous ferons les Mitsvot, dans le but de les comprendre, de les intégrer à notre chair, de les fondre dans le tissu de notre vie comme le bleu d'une mer et le bleu d'un ciel qui, à l'horizon, finissent par se confondre, à ne faire plus qu'un. Une telle exigence ne peut alors conduire qu'à ceci :
Une vie Juive authentique et heureuse, où les Mitsvot perdent leur caractère d'obligation pour revêtir enfin la qualité de vertu naturelle, de propriété quasiment instinctive, comme quelque chose allant de soi, devenu intrinsèque à la vie même, après un travail de clarification honnête du coeur et de l'esprit.

C'est, je crois, ce que les Prophètes d'Israël veulent signifier lorsqu'ils parlent d'un D.ieu qui passera le Peuple par le creuset afin de l'épurer de ses scones. Il me semble qu'on évoque là un processus de maturation de l'âme juive, qu'il est toujours en notre pouvoir d'activer.

Je conclurai en disant que ce n'est donc point un hasard si votre communauté, portée dans son esprit par un souffle de rectitude, de probité et de maturité, a eu le mérite de recevoir comme guide religieux le rabbin Michel Liebermann, dont l'intelligence profonde et claire s'exprime à travers les deux pôles inséparables de l'enseignement des plus grands maîtres d'Israël : La tolérance humaine et l'intransigeance face à la Loi divine, les deux requêtes ne cheminant pas l'une sans l'autre.

Je souhaite que mon fils Raphaël, ainsi que tous les enfants Bar Mitsva de votre communauté et des autres associations, prennent la voie d'une Torah à la fols inflexible, vigilante, et pleine d'amour et de longanimité, et que leur intelligence soit toujours orientée vers la Terre d'Israël, afin de donner à cette Torah la plénitude qui lui manque forcément en exil, comme il est dit :
« Ki Mi Tsion tetse Torah » ...Car c'est de Sion que sortira la Torah

Cordial Shalom

Avraham Elishama

 

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