Prochaine conférence sur "La Cabale" le mardi 2 mars à 20H30...
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Synagogue de la rue du Colonel Driant

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Souccot Pratique :
Par Rabbi Michel Liebermann

Souccot signifie "des cabanes". Pendant les 40 ans d'errance dans le désert les enfants d'Israël ont vécu dans des Souccot. On nous commande (voir Lévitique XXIII : 33-44) qu'en ce jour de fête nous construisions notre Soucca et en faisions notre demeure principale, pour manger, dormir, apprendre la Torah et y passez notre temps. Si on ne peut supporter de rester dans une Soucca, à cause des conditions climatiques difficiles : la pluie ou la neige, on est alors libéré de l'obligation d'y demeurer. Selon des conditions climatiques, les gens essayent au moins de manger dans la Soucca. On commande aussi que nous agitions les « arbah minim », les Quatre Espèces, qui sont dotées de plusieurs significations profondes et mystiques. L'on indique ainsi que l'Éternel commande le monde entier, les vents, toutes les forces partout à travers l'univers. Ce bouquet représente également tous les Juifs liés ensemble comme une personne : ainsi les justes et les pécheurs, les personnes bien informées ou les ignorants. La mitzvah de séjourner dans le Soucca nous apprend la confiance en l'Éternel. Nous avons tendance à penser que nos biens, notre argent, nos maisons, notre intelligence nous protégera. Ici nous sommes exposés aux éléments dans une hutte provisoire. La vie dans une Soucca met la vie dans la perspective. Notre histoire nous a apporté cela. Peu importe comment nous sommes devenus bien-établis, riches et "sûrs de nous -mêmes" dans un pays d'accueil, en fin de compte, cela a aussi été un logement provisoire. Notre confiance doit être dans l'Éternel. Souccot est appelé «  zman simchateinu  », le temps de notre joie. La joie est distincte du bonheur. Le bonheur, c'est prendre plaisir de ce que l'on possède. La joie est le plaisir de prévoir un avenir meilleur. Si nous croyons en l'Éternel, et savons que tout que le Tout-puissant fait pour nous est pour notre bien, donc nous connaîtrons de grandes joies au cours de notre existence !

Souccot est une des trois fêtes de pèlerinage «  Chaloch regalim  », C'est la fête où la Torah commande à chacun vivant en Israël de quitter sa maison pour venir à Jérusalem et célébrer la fête au Temple. Pendant les 2,000 dernières années depuis la destruction du Temple, nous avons été incapables d'accomplir cette mitzvah.

Souccot représente symboliquement l'idée d'un temps - lieu sans abri fixe, stable et solide. Parmi les fêtes que depuis des millénaires a fixées la Torah, peu répondent autant que Souccot au besoin du citadin d'aujourd'hui. S'il fallait trouver un acte équivalent il faudrait l'associer à l'évasion des vacances, considérées comme une donnée sociale, une exigence de détente dont le rythme harassant des cités est le premier responsable ; cela correspond parfaitement "à la sortie" dans la soucca. En pleine ville, la soucca, pareil aux terrasses fleuries, permet d'échapper aux contraintes citadines.

Une erreur consiste à voir dans ce mois de Tichri un processus de Techouva uniquement individuelle, une lessive personnelle. Au contraire, Roch Hachana est la création et la re-création de tout le monde : toutes les créatures et tous les peuples y sont jugés. De même, après tous les combats de l'humanité, tous les peuples devront venir à Jérusalem, pour célébrer Souccot et pour se prosterner (Zacharie 14, 16-19). Il s'agit bien de reconnaître notre obédience de créature, selon les ordres et les lieux mais collectivement, comme développé dans la paracha Nitsavim. Et la fête qui est l'aboutissement de ce processus ne peut être que collective ; il n'y a pas de fête individuelle. Le travail intérieur est, certes, réalisé individuellement mais ce travail individuel se fait dans le groupe et dans la collectivité et dans toute la création. La miséricorde ( ra'hamim ) ne va pas s'exercer envers un individu mais envers toutes les cellules d'un organisme commun ; il est dit : atem haddévaqim baHachém... hayim koulekhém hayom " vous qui adhérez (pluriel) à l'Eternel votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui" (Deutéronome 4, 4). Et quand nous faisons l'aveu des fautes, nous disons collectivement des fautes horribles dont chacun n'a pas commis la plupart d'entre elles, car nous parlons en corps collectif. La soucca, maison - cabane, n'est pas non plus une cellule monastique : c'est un lieu de vie collective, d'invitation, d'étude, de repas, de fête.

Relisons les sources dans le Lévitique XXIII : 33-44 et mettons en évidence les caractéristiques de Souccot.
C'est une fête qui dure 7 jours en Israël et 8 en Diaspora,
Nous y sommes orientés vers l'Eternel,
C'est une convocation qui nous interpelle individuellement, familialement et socialement
On y faisait des sacrifices au Temple, aujourd'hui on est dans le partage et on invite.
C'est vraiment une fête, et encore une fête
Le premier et dernier jour on ne travaille pas, c'est yom tov
Cette fête est qualifiée de fête de sainteté ( miqraé qoddéche ),
La mitsva est de séjourner, manger, vivre, demeurer sous la cabane,
C'est le rappel et le souvenir de la sortie d'Egypte dans les cabanes,L'Eternel rappelle : « moi, Hachém votre Dieu qui vous ai sorti d'Egypte ».

Chacun de ces paramètres est aussi important.  Souccot, ce n'est donc pas du tout le seul souvenir que nos ancêtres aient été dans le désert 40 ans dans "des conditions précaires" : ce n'est pas un retour écologique à la vie désertique.  En effet, cette injonction a été donnée en liaison avec la sortie d'Egypte et dès la sortie d'Egypte, non pas comme une adaptation à la vie dans le désert :  De la même façon qu'il y a eu intervention toute puissante de l'Eternel pour le libérer,  de la même manière Son peuple ( les juifs) devra continuer à ressentir à la fois Sa puissance totale sur toute la création et la dépendance humaine, en ligne directe.  Cela signifie qu'il n'y aura pas de Pharaon ni de toit entre la créature et Dieu. A travers les caractéristiques de la soucca l'on peut mieux mesurer son fonctionnement dans la vie. Sur cette base se comprennent les caractéristiques de la soucca qui ne sont pas du règlement mais une organisation de notre façon de vivre en juif :

1 la soucca est directement sous le ciel : nous n'avons pas d'autre Dieu que Dieu.
2 le toit  ( sekhakh ) ne sera pas couvert de choses encore reliées à la terre : notre détachement doit apparaître.
3 l 'ombre intérieure du toit de la soucca doit être plus grande que la lumière venant du ciel : nous n'avons pas d'autre lumière que l'Eternel, et elle sera apparemment faible de même qu'Il n'est pas visible, mais cette petite lumière est plus forte que toutes les ténèbres.
4 le toit ( sekhakh ) ne comportera aucun élément agricole pouvant recevoir l'impureté de dégradation, la toumea : dans la fragilité et la précarité, nous resterons purs.
5 le toit sera fait de ce qui vient de la terre car nous ne sommes pas des anges mais bien des terriens.
6 on ne se coupera pas du ciel par un toit fermé ni par une toile, le lien sera direct, à nos risques et périls.
7 on s'empressera dès la fin de Kippour de commencer à construire les bases de la soucca, hormis le toit. Cela pour continuer à bien vivre comme on l'a décidé dans les jours de téchouva .
8 on y séjournera pendant tous les 7 jours ; elle remplace réellement l'habitation pour tout ce qui est la fonction de la maison (manger, dormir, recevoir, y vivre avec ce dont on a besoin, la décorer comme une maison, une table agréable). Une soucca qui ne permet pas de remplir ces fonctions, de dormir par exemple, n'est pas cachère. Ces règles étant fixées, le judaïsme met en jeu notre réflexion, notre intelligence et chacun agit en conscience, selon son intelligence, son bon sens, sa santé, les intempéries ; comme on ne veut pas tricher, on doit étudier et demander des conseils pour trouver la solution.
9 la soucca est une résidence sainte et l'on veille à y vivre dans la sainteté comme dans une synagogue, lieu de prière et d'étude, de présence.
10 il est écrit d'y être chivâte yamim, "sept jours", et non "pendant sept jours"; cela veut dire que la tradition nous demande d'y vivre dans un certain état qui se nomme "sept jours" ; de quoi s'agit-il ? C'est que la tradition y voit chaque jour comme la personnification d'un des ouchpizim , "invités saints", qui sont dans l'ordre Avraham, Yits'haq, Yaâqov, Moché, Aharone, Yossef, David. Il en est de même des matriarches : Sarah, Rivkah, Ra'hél, Léah, Myriam, Esther, Houlda. A tour de rôle chacun d'eux, chaque jour, imprègne la soucca et nous imprègne de ses caractéristiques, on l'accueille comme un hôte de choix ( nazmine laouchpizine) et on vit dans son ambiance.
11 Notre devoir, notre apprentissage c'est le renouvellement : on doit renouveler et se renouveler : c'est la raison pour laquelle on ne peut utiliser telle quelle une soucca de l'an dernier.
12 la soucca doit être achetée et réalisée matériellement et dans l'intention de la pensée et du coeur pour être adaptée à toutes ces fonctions, comme le judaïsme doit être vécu dans les règles de la vie.
13 concrètement, la soucca ne peut pas avoir moins de 70 cm de largeur, un mètre de haut et pas plus de 10 mètres de haut. Sinon elle est pessoula , disqualifiée, invalide. Simplement, parce que les fonctions ci-dessus nommées ne pourraient pas fonctionner
14 on veille à embellir toute mitsva : si un minimum de deux parois cachère sont nécessaires, le mieux est d'en avoir 3 ou, encore mieux, 4. Mais il vaut mieux en avoir trois parfaitement cachère que quatre imparfaites.

 

 

 

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