Prochaine conférence sur "La Cabale" le mardi 2 mars à 20H30...
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Synagogue de la rue du Colonel Driant

Paracha

Paracha Vayera
Le Juif naturel

La circoncision est le plus ancien des rituels juifs et il n´a pas encore perdu sa force. Quand Abraham avait 90 ans, Dieu lui ordonna de “circoncire la chair de votre prépuce, ainsi ce sera le signe convenu entre Moi et toi. Au cours des générations, chaque homme parmi vous devra être circoncis huit jours après sa naissance (Genèse XVII : 11 - 12)". Suivant cet accord, 10 ans plus tard quand naquit Isaac, Abraham le circoncit le huitième jour. (Genèse XXI : 4). Le rite n´a pas été sans détracteurs et sans dangers. À l´époque des Macchabées, les juifs qui avaient très envie de se distinguer dans le monde hellénistique, tâchèrent d´en finir avec le précepte.

LA CIRCONCISION ET L’HISTOIRE : Les Romains considéraient la circoncision comme une forme de castration, qu´ils trouvaient abominable, ils refusèrent aux juifs le droit de circoncire les convertis, réduisant ainsi les efforts juifs à prosélytisme. La chrétienté, par contre, a eu de nombreux débats à ce sujet avant de décider son « abolition ».  Parmi les convertis en Espagne et au Portugal découverts par l´Inquisition, beaucoup s’étaient circoncis eux-mêmes étant adultes, ainsi que leurs enfants, afin de préserver en secret des fragments du judaïsme. Récemment les Nazis cherchaient, en faisant baisser les pantalons à leur victimes, les signes distincts de la circoncision, et ce pour identifier les juifs, un cauchemar terrifiant. Malheureusement, durant le XIXe siècle, beaucoup de juifs instruits furent d´accord avec les critiques du judaïsme, sur le fait que la circoncision était un rite primitif et faible qui marquait le judaïsme d´un acte indigne d´être admis dans une société illustre. Pour protester, ils refusèrent d´y soumettre leurs enfants et ouvrirent un débat fougueux sur le fait que les juifs non circoncis étaient réellement des juifs, une intéressante analogie autour de notre débat “qui est un juif?”

NE PAS SE TROMPER D’OBJECTIF : Malgré l´ample rejet par cette majorité bien « éclairée », le judaïsme libéral ne proposa jamais d’abandonner le rite et, au contraire, de l’encourager. Rappelons que, bien que ce sacrement ne fasse pas d´une personne circoncise un juif, il s´agit de quelque chose de trop important pour la conscience juive et de trop respectueux par l’ensemble des composantes du peuple juif, qu’il n’est nullement question de l’abolir ou de le faire disparaître. Au contraire, au moins dans un continent comme l’Amérique, les juifs ont convaincu une grande partie de la société non-juive d’adopter la circoncision pour des motifs prophylactiques.

LA MARCHE A SUIVRE : Dès le départ, la Torah nous montre la marche à suivre. Déjà au début de l’histoire « humaine », la Genèse nous indique clairement que les commandements de la Torah sont destinés à être accomplis au cœur même du monde naturel et non pour l'écraser et le remplacer. Selon les mots du Midrash Rabbah : Quand l’Eternel créa le monde, Il décréta : "les cieux appartiennent à Dieu et la terre est donnée à l'homme". Mais lorsqu’Il désira donner la Torah à Israël, Il retira Son décret initial et déclara: "les royaumes inférieurs peuvent monter jusqu'aux royaumes supérieurs et les royaumes supérieurs peuvent descendre vers les royaumes inférieurs ". Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler que dans la tradition

d’Israël, l’Eternel est infini, au-delà de toutes définition et catégorie (relisons Maimonide); par contre la réalité physique est finie, elle est limitée, et comme le rappelle Planck, « c’est une concentration d’énergie », et ne peut avoir de relation qu'avec les réalités qui peuvent être définies et rentrer dans des catégories. Aussi la nature même de la création impose-t-elle qu'un pont infranchissable sépare forcément le Divin du terrestre. C'était là l'état dominant avant que l’Eternel se révèle à Israël sous la forme de « Matane Torah » lorsque le récit thoraïque nous raconte le don de la Torah sur le Mont Sinaï.

RELIER LES MONDES : Nous savons, pourtant, que 'homme était capable de grands gestes, d’attitudes nobles et même d’actes de sainteté, mais tous les accomplissements humains se confinaient soit dans les "royaumes inférieurs" soit dans les "royaumes supérieurs", dans les dimensions physiques ou spirituelles de l'existence. En somme l'homme pouvait développer et raffiner son moi physique et le monde, et il pouvait influencer profondément les mondes supérieurs et même intervenir dans la relation de l’Eternel avec sa Création, et ce, par la prière et la tsedaka. Mais il ne pouvait combler le fossé qui séparait ces deux royaumes. Jusque là, l’homme était incapable de sanctifier le physique, de faire de l’Eternel une réalité présente et tangible dans sa vie quotidienne, de tous les instants. Le terrestre et le divin restaient deux mondes distincts.

LE MONDE DES MITSVOT : Ce "décret" fut levé avec la révélation au Mont Sinaï. L’Eternel nous ordonna alors les Mitsvot. Comme le décompte rabbi Simlaï, il y a 613 actes humains, impliquant chaque domaine de la vie humaine, prescrits par le divin pour constituer l'accomplissement de Sa volonté. Cela signifie que par l'intermédiaire des Mitsvot, les royaumes inférieurs sont appelés à monter vers les royaumes supérieurs sans être diminués pour autant par leur qualité propre, si inférieure soit-elle. Bien au contraire, les traits mêmes et les caractéristiques qui définissent le terrestre comme "inférieur", son aspect matériel et fini sert de véhicule au lien avec l’Eternel.

PAS DE PLACE AU SURNATUREL : C'est ainsi que s'explique la réticence des rabbis à se servir du surnaturel pour accomplir une Mitsva. Car agir de la sorte allait à l'encontre de la fonction fondamentale de la Mistva. La spécificité de la Mitsva sur les autres cheminements de la relation avec l’Eternel réside dans le fait que même lorsqu'elle élève l'acte humain au point qu'il incorpore un désir divin, la Mitsva reste un acte entièrement naturel, un acte appartenant aux royaumes humain et physique de l'existence.
Le principe de la "Mitsva naturelle" éclaire également un épisode de la vie du premier « ivri » du premier Hébreu, Abraham.
BIKOUR ‘HOLIM : Dans les versets qui concluent le XVIIe  chapitre de Beréchit, nous lisons comment, par un commande-ment de l’Eternel, Abraham se circoncit lui-même et tous les membres mâles de sa maisonnée. Le chapitre XVIII s'ouvre par le récit de la visite que fit l’Eternel à Abraham convalescent. "Dieu se révéla à lui dans les Plaines de Mamré alors qu'il était assis à l'entrée de sa tente dans la chaleur du jour". Les rabbis du Midrash expliquent que l’Eternel rendit visite à Abraham pour lui faire une "visite au malade" et il est vrai que cette visite est citée comme source pour la Mitsva de Bikour 'Holim "rendre visite aux malades". "C'était le troisième jour qui suivait sa circoncision, nous dit le Talmud, et l’Eternel vint prendre des nouvelles de sa santé". Pourquoi l’Eternel attendit-Il trois jours entiers pour se rendre chez Abraham convalescent ? Le délai de l’Eternel est encore plus étonnant à la lumière du fait que le processus naturel de guérison après une Brit – Mila, une circoncision, est de trois jours. Le Talmud nous dit que visiter les malades, non seulement améliore leur moral, mais que cela contribue réellement à hâter leur guérison. Ainsi, l’Eternel repoussa-t-Il Sa visite jusqu'à ce que la fonction première de Bikour 'Holim ne soit plus même utile !

LA MITSVA D’ABRAHAM : Pour reprendre notre premier point, Abraham a vécu plusieurs siècles avant la Révélation du divin au Sinaï. On peut donc dire qu’à son époque, le décret séparant le ciel de la terre s'appliquait dans toute sa force. Ainsi, bien qu'il fût un homme aux accomplissements importants, voire exceptionnels, à la fois dans les domaines terrestre et spirituel, ses actes ne pouvaient construire ce fameux pont permettant de réparer le schisme entre les deux mondes. Toutefois, en tant qu’ancêtre du peuple Hébreu ( puis plus tard du peuple juif), Abraham symbolise la saga d'un peuple.
Le Don de la Torah au Mont Sinaï eut donc aussi son précédent dans la vie du premier Hébreu. Ce que l’on va appeler le Sinaï dans la vie d'Abraham fut un autre type de révélation divine se traduisant par le don que lui fit l’Eternel de la Mitsva de la circoncision. Cette Mitsva fut expressément ordonnée à Abraham.

LA SANCTIFICATION DU SPIRITUEL PASSE PAR DES ACTES : Ce fut l'occasion unique dans laquelle il eut la force de sanctifier le spirituel, de surmonter la division entre l'humain et le divin. En fait, ce fut l'accomplissement de cette Mitsva par Abraham qui pava le chemin et permit ainsi plus tard aux bné Israël, au peuple Hébreu sorti d’Egypte et présent au mont Sinaï, de réunir le matériel et le spirituel par la mise en pratique des Mitsvot.
Tout comme la Mitsva archétype, la circoncision d'Abraham se devait d'être un acte entièrement naturel en accord avec le but des Mitsvot qui, pour pouvoir effectuer une véritable union entre le matériel et le spirituel, devaient être appliquées de façon naturelle. Non seulement l'accomplissement de la Mitsva elle-même mais aussi sa préparation et ses suites devaient être absolument conforme  au mode naturel. On pourrait donc dire que si l’Eternel avait visité Abraham avant le troisième jour, cela aurait allégé la douleur du patriarche dans « le sang de sa circoncision » et l'inconfort expérimenté naturellement durant cette période qui suivit cet acte. Cela aurait constitué une intervention surnaturelle, diminuant sa normalité et l'étendue du lien entre l'humanité de l'observant et son commandant divin.

Rabbi Michel Liebermann


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