|
Paracha Vayera La circoncision est le plus ancien des rituels juifs et il
n´a pas encore perdu sa force. Quand Abraham avait 90 ans, Dieu lui ordonna de “circoncire la chair de votre prépuce, ainsi ce sera le signe convenu entre Moi et toi. Au cours des générations, chaque homme parmi vous devra être circoncis huit jours après sa naissance (Genèse XVII : 11 - 12)". Suivant cet accord, 10 ans plus tard quand naquit Isaac, Abraham le circoncit le huitième jour. (Genèse XXI : 4). Le rite n´a pas été sans détracteurs et sans dangers. À l´époque des Macchabées, les juifs qui avaient très envie de se distinguer dans le monde hellénistique, tâchèrent d´en finir avec le précepte. LA CIRCONCISION ET L’HISTOIRE : Les Romains considéraient la circoncision comme une forme de castration, qu´ils trouvaient abominable, ils refusèrent aux juifs le droit de circoncire les convertis, réduisant ainsi les efforts juifs à prosélytisme. La chrétienté, par contre, a eu de nombreux débats à ce sujet avant de décider son « abolition ». Parmi les convertis en Espagne et au Portugal découverts par l´Inquisition, beaucoup s’étaient circoncis eux-mêmes étant adultes, ainsi que leurs enfants, afin de préserver en secret des fragments du judaïsme. Récemment les Nazis cherchaient, en faisant baisser les pantalons à leur victimes, les signes distincts de la circoncision, et ce pour identifier les juifs, un cauchemar terrifiant. Malheureusement, durant le XIXe siècle, beaucoup de juifs instruits furent d´accord avec les critiques du judaïsme, sur le fait que la circoncision était un rite primitif et faible qui marquait le judaïsme d´un acte indigne d´être admis dans une société illustre. Pour protester, ils refusèrent d´y soumettre leurs enfants et ouvrirent un débat fougueux sur le fait que les juifs non circoncis étaient réellement des juifs, une intéressante analogie autour de notre débat “qui est un juif?” NE PAS SE TROMPER D’OBJECTIF : Malgré l´ample rejet par cette majorité bien « éclairée », le judaïsme libéral ne proposa jamais d’abandonner le rite et, au contraire, de l’encourager. Rappelons que, bien que ce sacrement ne fasse pas d´une personne circoncise un juif, il s´agit de quelque chose de trop important pour la conscience juive et de trop respectueux par l’ensemble des composantes du peuple juif, qu’il n’est nullement question de l’abolir ou de le faire disparaître. Au contraire, au moins dans un continent comme l’Amérique, les juifs ont convaincu une grande partie de la société non-juive d’adopter la circoncision pour des motifs prophylactiques. LA MARCHE A SUIVRE : Dès le départ, la Torah nous montre la marche à suivre. Déjà au début de l’histoire « humaine », la Genèse nous indique clairement que les commandements de la Torah sont destinés à être accomplis au cœur même du monde naturel et non pour l'écraser et le remplacer. Selon les mots du Midrash Rabbah : Quand l’Eternel créa le monde, Il décréta : "les cieux appartiennent à Dieu et la terre est donnée à l'homme". Mais lorsqu’Il désira donner la Torah à Israël, Il retira Son décret initial et déclara: "les royaumes inférieurs peuvent monter jusqu'aux royaumes supérieurs et les royaumes supérieurs peuvent descendre vers les royaumes inférieurs ". Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler que dans la tradition d’Israël, l’Eternel est infini, au-delà de toutes définition et catégorie (relisons Maimonide); par contre la réalité physique est finie, elle est limitée, et comme le rappelle Planck, « c’est une concentration d’énergie », et ne peut avoir de relation qu'avec les réalités qui peuvent être définies et rentrer dans des catégories. Aussi la nature même de la création impose-t-elle qu'un pont infranchissable sépare forcément le Divin du terrestre. C'était là l'état dominant avant que l’Eternel se révèle à Israël sous la forme de « Matane Torah » lorsque le récit thoraïque nous raconte le don de la Torah sur le Mont Sinaï. RELIER LES MONDES : Nous savons, pourtant, que 'homme était capable de grands gestes, d’attitudes nobles et même d’actes de sainteté, mais tous les accomplissements humains se confinaient soit dans les "royaumes inférieurs" soit dans les "royaumes supérieurs", dans les dimensions physiques ou spirituelles de l'existence. En somme l'homme pouvait développer et raffiner son moi physique et le monde, et il pouvait influencer profondément les mondes supérieurs et même intervenir dans la relation de l’Eternel avec sa Création, et ce, par la prière et la tsedaka. Mais il ne pouvait combler le fossé qui séparait ces deux royaumes. Jusque là, l’homme était incapable de sanctifier le physique, de faire de l’Eternel une réalité présente et tangible dans sa vie quotidienne, de tous les instants. Le terrestre et le divin restaient deux mondes distincts. LE MONDE DES MITSVOT : Ce "décret" fut levé avec la révélation au Mont Sinaï. L’Eternel nous ordonna alors les Mitsvot. Comme le décompte rabbi Simlaï, il y a 613 actes humains, impliquant chaque domaine de la vie humaine, prescrits par le divin pour constituer l'accomplissement de Sa volonté. Cela signifie que par l'intermédiaire des Mitsvot, les royaumes inférieurs sont appelés à monter vers les royaumes supérieurs sans être diminués pour autant par leur qualité propre, si inférieure soit-elle. Bien au contraire, les traits mêmes et les caractéristiques qui définissent le terrestre comme "inférieur", son aspect matériel et fini sert de véhicule au lien avec l’Eternel. PAS DE PLACE AU SURNATUREL : C'est ainsi que s'explique la réticence des rabbis à se servir du surnaturel pour accomplir une Mitsva. Car agir de la sorte allait à l'encontre de la fonction fondamentale de la Mistva. La spécificité de la Mitsva sur les autres cheminements de la relation avec l’Eternel réside dans le fait que même lorsqu'elle élève l'acte humain au point qu'il incorpore un désir divin, la Mitsva reste un acte entièrement naturel, un acte appartenant aux royaumes humain et physique de l'existence. LA MITSVA D’ABRAHAM : Pour reprendre notre premier point, Abraham a vécu plusieurs siècles avant la Révélation du divin au Sinaï. On peut donc dire qu’à son époque, le décret séparant le ciel de la terre s'appliquait dans toute sa force. Ainsi, bien qu'il fût un homme aux accomplissements importants, voire exceptionnels, à la fois dans les domaines terrestre et spirituel, ses actes ne pouvaient construire ce fameux pont permettant de réparer le schisme entre les deux mondes. Toutefois, en tant qu’ancêtre du peuple Hébreu ( puis plus tard du peuple juif), Abraham symbolise la saga d'un peuple. LA SANCTIFICATION DU SPIRITUEL PASSE PAR DES ACTES : Ce fut l'occasion unique dans laquelle il eut la force de sanctifier le spirituel, de surmonter la division entre l'humain et le divin. En fait, ce fut l'accomplissement de cette Mitsva par Abraham qui pava le chemin et permit ainsi plus tard aux bné Israël, au peuple Hébreu sorti d’Egypte et présent au mont Sinaï, de réunir le matériel et le spirituel par la mise en pratique des Mitsvot. Rabbi Michel Liebermann
|